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French Entretiens

La peinture haïtienne à l'honneur à Montréal

Basquiat, comète de l'art contemporain

Dans l’après-midi du mercredi 1er août 2012, en sortant de la Librairie Monet, située dans Les  Galeries Normandies à Quartier-Ville (Nouveau Bordeaux) à Montréal, mon attention s’est portée sur la photo d’un Noir au style rasta d’un genre particulier qui faisait la couverture de L’Agenda, un guide hebdomadaire de la télévision, du cinéma et des sorties publié par Le Devoir.  En titre, le journal présentait Basquiat comme un comète de l’art contemporain.  Ayant entendu parler de ce peintre d’origine haïtienne, mon premier réflexe fut de m’empresser de me procurer un exemplaire de cette publication gratuite pour la semaine du 28 juillet au 3 août 2012.  Il faut dire qu’il y a quelques mois déjà, j’ai été étonné de voir avec quelle aisance Radio France Internationale (RFI) avait consacré toute une émission très enrichissante à cet artiste.

 

Le texte qui introduit les deux films, et rédigé par Isabelle Paré dans L’Agenda de Le Devoir, commence en indiquant que « moins de 25 ans après la disparition du peintre iconique des années 80, Artv diffuse un documentaire et un film qui retracent les origines et l’ascension fulgurante de Jean-Michel Basquiat, comète qui changea à jamais le visage de l’art contemporain aux États-Unis ».

 

 

Le 12 août 1988, Basquiat est retrouvé sans vie dans son loft de Great Jones Street, mort d’une surdose de cocaïne et d’héroïne à l’âge de 27 ans. Il ne s’est passé que sept ans entre la découverte de ce jeune Noir de Brooklyn, sans histoire, et la naissance d’un mythe new-yorkais, brisé abruptement par une vie d’excès.

 

 

Selon le guide-hebdomadaire Le Devoir, le documentaire produit par France Télévisions et réalisé par Jean-Michel Vecchiet raconte, de façon tout à fait intimiste, l’improbable montée aux nues de ce jeune né d’une mère portoricaine et d’un père haïtien, qui fuit le foyer familial à 15 ans pour mener une vie de bohème dans Greenwich Village. On retourne dans le quartier de ses premières galères, en quête de ses amis d’enfance et de ses premières émules.

 

Pour Le Devoir, le documentaire réalisé par M. Vecchiet présente un terrifiant autoportrait de Basquiat

 

 

Isabelle Paré indique que le documentaire s’amorce sur un autoportrait assez terrifiant, Riding with Death, représentant un homme chevauchant un cheval à tête de squelette, quelques jours avant sa mort. Comme une prémonition, la toile symbolise l’obsession qui hantait l’artiste depuis ses tout premiers tableaux.

 

 

Mais c’est d’abord par ses tags que Basquiat se fait remarquer dans SoHo, car sa griffe, SAMO (Same old shit), qui se répand sur les murs de New York, lui vaut même un article dans le journal branché The Village Voice. Les témoignages de Susanne Mallouk, sa première flamme et amie de toujours, mettent en lumière la personnalité trouble et réservée de cet artiste de la rue, qui s’est construit seul en s’inspirant de ses visites dans les grands musées.

 

 

Griffonnant à longueur de jour, Basquiat abandonne vite la pratique du graffiti et multiplie les croquis, qu’il vend au début pour une poignée de dollars.

 

 

Selon Isabelle Paré, grâce à quelques rares films d’époque, on découvre un jeune homme au regard fuyant, drapé dans son grand pardessus. En 1980, quand une jeune styliste le cible pour la réalisation d’un documentaire sur la nouvelle vague artistique à New York, une légende naît.

 

 

Tout déboule, Basquiat rencontre Warhol. Une galerie lui prête matériel et espace pour lui permettre de préparer une première exposition. Dès 1981, il se met à dessiner des crânes, fortement inspirés de toiles de Picasso. Sa frénésie créatrice s’accompagne toutefois d’autres signes inquiétants. Adepte de la cocaïne, il devient paranoïaque. Reclus dans son atelier, il produit sans arrêt. Ses toiles s’envolent déjà à prix d’or, les grandes galeries et musées exposent déjà ses oeuvres, du MoMA au Whitney Museum. Sa collaboration avec l’artiste-culte du pop art Andy Warhol, en 1983, signera sa consécration, faisant de lui une des nouvelles figures de l’art contemporain à l’âge d’à peine 23 ans. En deux ans, l’artiste présente près d’une trentaine d’expositions. En 1985, le New York Times Magazine fait sa une avec l’histoire de ce jeune peintre, une reconnaissance qui a alors le même poids pour les minorités visibles que l'élection d'un premier président noir.

 

 

Malgré le succès et l’argent qui coule à flot, Basquiat, jeune millionnaire, se cherche, sombre à nouveau dans la drogue et part en Afrique pour fuir le bruit médiatique qui l’envahit et retrouver ses origines.

 

 

De retour à New York, son univers s’écroule lentement. Warhol disparaît en 1987, Keith Haring, autre icône du nouvel art contemporain, se meurt du sida.

 

 

Isabelle Paré conclut en indiquant que Basquiat exécutera ses plus grands formats en 1988, pour livrer en trois jours une exposition. À bout de souffle, rongé par l’héroïne, il décède un soir d’août, seul dans son loft. Entre ses premières griffes laissées sur les murs de SoHo et sa mort, il ne se sera passé que 12 ans. Les deux films rendent bien compte du parcours fulgurant de Basquiat, passé de la rue aux étoiles en moins d’une décennie. En sept ans, le peintre a laissé plus de 800 tableaux et quelque 1 500 dessins. Une comète dans le ciel de l’art contemporain.

 

 

Je réalise que la vie tumultueuse de Jean-Michel Basquiat ne fut pas certes exemplaire, cependant, ses œuvres artistiques, il faut le reconnaître, continuent de susciter de l’intérêt et de la curiosité au niveau international.  Elles font encore la fierté de nous tous en tant qu’Haïtiens.

 

 

A noter que les deux documentaires, intitulés respectivement «Basquiat, une vie» et «Basquiat», ont été diffusés sur la chaîne Artv le dimanche 29 juillet 2012 de 19h à 22h.  Des rediffusions sont certes à envisager.

 

Joel Lorquet, Montréal

joellorquet@yahoo.com